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Il y a déjà longtemps que certains chanteurs ont fait une Europe de la musique étonnamment convaincante et prémonitoire : le Berlioz des Anglais, le lied
allemand par Charles Panzéra, l’opéra italien par Inge Borkh ou Julia Varady.
Wolfgang Holzmair est chez lui dans la mélodie française par la même grâce. Philips ne lui avait offert qu’une fois cette chance dans un récital extraordinaire, et puis plus rien depuis
1996. Jusqu’à ce qu’un petit éditeur réalise aujourd’hui ce programme Ravel, qu’aucune discographie ne pourra ignorer à l’avenir.
Pour des Histoires naturelles où pas un accent si particulier de la métamorphose en musique du français faussement familier de Jules Renard n’échappe au chanteur, baryton-martin
parfait, dont la clarté et le charme se marient idéalement au piano subtil de Maria Belooussova.
Pour des Chansons madécasses dont l’inquiétant étrangeté n’a peut-être jamais connu un ensemble aussi fascinant que la voix à ce point entrelacée aux timbres superbes des partenaires de
Musique Oblique (les mêmes donnent ici, en complément, une très belle version du Trio de Ravel).
Un pas de plus dans l’étrange avec les Deux mélodies hébraïques… Holzmair relève un défi après l’autre – quoi de plus ravélien ? – avec le charme allié à l’exactitude, la modestie même,
qui se révèlent chaque fois qu’il chante : n’est-ce pas cela le plus grand art ? Au jeu de l’île déserte, ce Ravel-là serait certainement dans mon choix.
Rémy Stricker, Opéra magazine version imprimable pdf
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