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Prénommé César-Auguste par un père qui rêvait pour son fils
d’une carrière impériale, Franck fut mieux qu’un virtuosesouverain : un monarque absolu de la création musicale, s’illustrant, en cette seconde moitié du XIXe, dans presque tous les domaines –
excepté l’opéra. D’une bienveillance éthérée qui lui vaut le surnom de « Pater Seraphicus », l’auteur des Béatitudes s’entoure, au Conservatoire, d’un cercle
de disciples, « la bande à Franck », parmi lesquels se détache Ernest Chausson.
Belle idée que celle de l’Ensemble Musique Oblique de jumeler le Quintette de Franck avec le Quatuor (avec piano également) de son cadet. Dans l’animation
des mouvements extrêmes du Quatuor se trahit la brûlure de fièvres tristaniennes contractées lors d’un pèlerinage précoce à Bayreuth. Un même
feu passionné embrase le Quintette de l’aîné. Ecrite à sa table de composition comme à son buffet d’orgue, à l’église Sainte-Clotilde, la musique de Franck a
du coffre. Mais cette ardeur sensuelle se tempère d’une tendresse (« doux et tendre avec passion », indique le premier mouvement), d’un alanguissement
mélancolique (« lent, avec beaucoup de sentiment », réclame le deuxième) dont la pianiste Maria Belooussova se fait la subtile complice. Avec ses
partenaires de l’Ensemble Musique Oblique, qui, eux non plus, ne biaisent pas avec les exigences de leur répertoire, elle coupe allègrement à travers chants.
Gilles Macassar Télérama n° 2962 - 21 Octobre 2006
Voici réunis deux chef-d’œuvre de la musique de chambre française composés à la fin du XIXe siècle. Le Quatuor op. 30
d’Ernest Chausson, créé à Bruxelles en 1838, l’année où il a écrit la Chanson perpétuelle, est une des expressions les plus achevées de ce musicien qui aspirait à un de grandeur empreinte de sérénité. On y décèle
pourtant, dans le deuxième mouvement, et bien que celui-ci ait pour titre « très calme », le sentiment d’inquiétude qu’on retrouve souvent chez lui. Henri
Duparc, que cite le commentaire du CD, disait : « Chausson tient plus directement de Franck que nous tous. » Pourtant, dans ce Quatuor op. 30,
Chausson, comme dans d’autres œuvres, échappe à l’influence du maître. Son langage raffiné est celui d’un contemporain de Fauré et de Debussy.
Avec le Quintette de César Franck, dont l’élan peut conduire les interprètes à des excès qu’il est préférable d’éviter, on retrouve un climat véritablement
romantique. Les musiciens du groupe Musique Oblique ont su, heureusement, se garder de ces excès. Ajoutons que le piano conserve la place qui est la
sienne dans une musique qui est essentiellement une musique de chambre, où l’équilibre est une vertu indispensable. On n’admire pas moins la séduction dont
ces musiciens font preuve dans le Quatuor de Chausson. Leur goût est irréprochable. Lorsqu’il le faut, leur jeu est énergique, mais toujours sans
dureté. L’esprit de la musique de chambre, voilà ce qu’il faut reconnaître à ces artistes dont les talents se conjuguent harmonieusement, et ce n’est pas un mince éloge.
Jean Roy Le Monde de la Musique, février 2007.
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