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Compact
octobre 1992
Voilà un disque qui est, à la fois, une réussite exemplaire et une bonne action : rendre justice à André Caplet. Car ce fut un très grand musicien sont le
seul défaut fut de penser davantage aux autres qu’à lui-même : une modestie qui coûte toujours cher.
Or le voici dans un récital intelligemment conçu et qui met la harpe au premier plan. Ce qui est normal : Caplet l’a sortie de son image trop ressassée
d’instrument de salon tout juste bon à faire quelques glissandos et arabesques. Rien de tel avec lui : la harpe acquiert une palette de couleurs, un sens dramatique, des effets sonores entièrement nouveaux qui
frappent par leur originalité ou leur puissance évocatrice : on en aura une idée avec le Conte Fantastique, dont la présente version pour harpe et quatuor de 1923, âpre, tendue, mystérieuse sinon effrayante (il
s’agit du Masque de la mort rouge d’Edgar A. Poe) apparaît supérieure encore à la version orchestrale de 1908, enregistrée naguère, superbement, par Cambreling (EMI). Sublime et à donner le frisson...
Si les deux divertissements pour harpe de 1924 sont aujourd’hui mieux connus, j’avoue les avoir rarement entendus jouer avec autant de finesse; de contrastes et
de maîtrise que par Laurence Cabel dont le métier est l’égal de la sensibilité : merveilleux !
On a complété ce disque rare par trois perles de la plus belle eau : les bouleversantes Prières, d’une ferveur, d’une ingéniosité musicale
éblouissante ; les deux sonnets pour soprano et harpe (d’après Ronsard et du Bellay) ; enfin, par l’exceptionnel Septuor pour, disait plaisamment Caplet, “cordes vocales et instrumentales” et où le
musicien inscrit trois voix féminines comme authentiques instruments aux côtés du quatuor à cordes. L’effet est extraordinaire, surprenant : étonnante recherche, éclatante audace, confondante réalisation :
un chef d’œuvre inouï - au premier sens du terme...
Jean Gallois
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